Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a exprimé son ouverture à un possible réchauffement des relations diplomatiques entre Haïti et la République dominicaine. Dans une interview accordée au journal Le Nouvelliste, le chef du gouvernement a utilisé une image forte pour illustrer sa position : « Nous ne pouvons pas être des jumeaux siamois qui ne se parlent pas alors que nous vivons sur la même île. »
Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les deux pays, qui partagent l’île d’Hispaniola. Depuis plus de vingt mois, les relations bilatérales se sont considérablement détériorées, notamment à la suite du conflit provoqué par la construction, côté haïtien, d’un canal sur un affluent de la rivière Massacre sous le gouvernement d’Ariel Henry. Cette crise avait entraîné la fermeture partielle de la frontière, des restrictions commerciales et une escalade diplomatique. À l’époque, les autorités dominicaines avaient même refusé l’autorisation de survol à l’avion transportant Ariel Henry, dans un contexte politique particulièrement sensible.
Depuis, le climat reste marqué par la méfiance. Les autorités dominicaines ont intensifié les opérations de rapatriement d’Haïtiens en situation migratoire irrégulière, suscitant de vives réactions sur le plan humanitaire et diplomatique. Les échanges politiques de haut niveau sont restés limités, et aucun véritable rapprochement n’a été observé.
Dans ce cadre tendu, les propos d’Alix Didier Fils-Aimé apparaissent comme un signal d’ouverture. Toutefois, le Premier ministre reste prudent. Interrogé sur une éventuelle visite en République dominicaine, il a reconnu qu’il y réfléchissait, sans confirmer de déplacement imminent. Cette prudence traduit à la fois une volonté de dialogue et la nécessité de mesurer les implications politiques d’un tel geste.
Parallèlement, le chef du gouvernement insiste sur un point central : le contrôle de la frontière. « Notre première responsabilité est de contrôler notre frontière », a-t-il affirmé. Il reconnaît que la coopération avec la République dominicaine peut être bénéfique, mais rappelle que la souveraineté et la gestion du territoire relèvent d’abord de l’État haïtien.
Cette position s’inscrit dans une dynamique plus large. Le gouvernement haïtien a récemment obtenu l’approbation de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) pour l’exécution d’un contrat signé avec la société Evergreen Trading System Limited. Ce projet vise à renforcer la sécurité aux frontières, optimiser les recettes fiscales et douanières et améliorer la capacité de l’État à lutter contre la criminalité transnationale, la fraude fiscale et la contrebande.
Ainsi, le message envoyé par le Premier ministre est double. D’un côté, il tend la main à la République dominicaine en reconnaissant la nécessité d’un dialogue entre deux nations condamnées par la géographie à coexister. De l’autre, il affirme la volonté de renforcer les capacités internes d’Haïti, notamment en matière de sécurité et de gestion frontalière.
Le défi reste de taille. Les relations entre les deux pays ne se limitent pas à la diplomatie : elles touchent aux échanges commerciaux, aux flux migratoires, à la sécurité et à la stabilité régionale. Des milliers de familles vivent des dynamiques transfrontalières au quotidien. Toute décision politique a des répercussions directes sur ces populations.
La question est désormais de savoir si cette ouverture débouchera sur des initiatives concrètes : reprise des discussions bilatérales, mécanismes de coopération renforcés ou gestes symboliques de rapprochement. Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’avenir des relations haïtiano-dominicaines.
Pensez-vous qu’il est temps pour Haïti et la République dominicaine de tourner la page des tensions récentes ?
Quelles conditions devraient être réunies pour rétablir un climat de confiance durable ?
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Sources: Lenouvelliste
Voa Lakay
