La polémique enfle autour du dossier sensible de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Cette fois, ce sont deux figures bien connues de la scène politique et diplomatique haïtienne qui se retrouvent au cœur d’un échange public tendu : Smith Augustin et Sauveur Pierre-Étienne.
Tout part d’une intervention du professeur Pierre-Étienne laissant entendre que Smith Augustin, alors ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine au moment des faits, aurait délivré des visas aux mercenaires colombiens entrés en Haïti et impliqués dans l’assassinat du chef de l’État. Une déclaration lourde de conséquences, dans un dossier qui continue de bouleverser la vie politique nationale et d’alimenter les débats.
Face à ces propos, Smith Augustin n’a pas tardé à réagir. L’ancien diplomate exige des clarifications formelles. Il réclame soit des preuves concrètes appuyant ces accusations, soit des excuses publiques. Pour lui, il s’agit d’allégations graves qui portent atteinte à son honneur et à sa réputation, surtout dans un contexte où le pays peine encore à faire toute la lumière sur ce crime d’État.
La réponse de Sauveur Pierre-Étienne ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre adressée à Smith Augustin, ancien membre du Conseil présidentiel inculpé pour corruption, il maintient sa position. Il affirme avoir déjà fourni des explications au juge d’instruction chargé du dossier de l’assassinat, en raison du rôle institutionnel de l’ambassadeur en poste à l’époque des faits. Selon lui, les responsabilités diplomatiques ne sauraient être dissociées des obligations de vigilance et de coordination inhérentes à cette fonction.
Pour appuyer son argumentation, Pierre-Étienne invoque la doctrine du droit diplomatique, notamment la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Il rappelle qu’un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire est un acteur central de l’alerte stratégique, un coordonnateur institutionnel de l’information sensible et un maillon essentiel dans la prévention des menaces pesant sur l’État accréditant. Autrement dit, selon son interprétation, la fonction diplomatique implique un devoir de vigilance concret et actif.
« Ce devoir de vigilance ne s’exerce pas dans l’abstrait », a-t-il conclu, soulignant que la responsabilité institutionnelle dépasse la simple formalité administrative. Cette affirmation relance le débat sur la portée réelle des fonctions diplomatiques dans un contexte de crise sécuritaire majeure.
Au-delà de l’échange personnel entre les deux hommes, cette controverse soulève des questions plus larges. Comment les visas ont-ils été délivrés aux ressortissants étrangers impliqués dans l’opération qui a conduit à la mort du président? Quelles vérifications ont été effectuées? Quels mécanismes de contrôle existaient à l’époque? Et surtout, qui doit répondre politiquement et juridiquement des éventuelles failles?
Depuis le 7 juillet 2021, date de l’assassinat de Jovenel Moïse, les enquêtes avancent entre révélations partielles, inculpations et controverses. Plusieurs acteurs nationaux et internationaux ont été cités, interrogés ou inculpés. Pourtant, une partie de l’opinion publique estime que la vérité complète tarde à émerger.
Dans ce climat déjà marqué par la méfiance et l’instabilité, les déclarations publiques entre responsables politiques peuvent contribuer soit à clarifier le débat, soit à l’envenimer davantage. Les accusations sans preuves formelles peuvent fragiliser la crédibilité des institutions, tandis que les silences ou les réponses évasives peuvent nourrir le soupçon.
Ce nouvel épisode illustre une réalité persistante en Haïti : la bataille de la communication autour du dossier Moïse est presque aussi intense que la bataille judiciaire. Chaque prise de parole est scrutée, chaque mot pèse lourd.
Il appartient désormais aux instances judiciaires de poursuivre leur travail en toute indépendance. Les faits, les documents officiels et les décisions de justice devront, à terme, départager les interprétations et établir les responsabilités.
Car au-delà des rivalités politiques et des échanges publics, une exigence demeure : la vérité et la justice pour un président assassiné et pour une nation en quête de stabilité.
Et vous, pensez-vous que ces échanges publics contribuent à faire avancer la vérité, ou au contraire à brouiller davantage le dossier? Partagez votre analyse dans les commentaires.
Voa Lakay
Sources: Radio Metronome.
